18 juin 2009

Estonie: la TVA passe de 18 à 20%

Décidément, les pays baltes font preuve d'une logique économique assez particulière. Tandis que la Lettonie tente de relever une économie et une consommation en chute libre grâce à une politique de rigueur (du jamais vu dans l'histoire économique - justifiée par la nécessité de tenir le taux de change avec l'euro pour éviter une dévaluation), l'Estonie adopte également ce type de raisonnement alors que la situation n'est pas aussi catastrophique ici.

En effet, le Parlement vient de décider l'augmentation du taux de TVA par 54 voix contre 43 lors de la seconde lecture. L'augmentation de 18 à 20% passera probablement inaperçu dans la plupart des cas mais je me pose des questions sur les recettes supplémentaires attendues par l'Etat, estimées à 800 millions d'EEK (environ 50 millions d'euros).

En effet, dans un contexte de crise économique, je me demande s'il est vraiment judicieux d'augmenter le prix des produits de base. Même une faible augmentation a des répercussions psychologiques (via les médias notamment), d'autant plus si l'on y ajoute l'augmentation des taxes sur les produits pétroliers et le tabac ainsi que la réduction des allocations maladie (déjà ridiculeusement faibles) qui devraient passer également aujourd'hui en 3e lecture.

Cela commence à faire beaucoup. Ajoutons encore du même côté de la balance l'augmentation du chômage, la baisse quasi-généralisée des salaires et l'on pourrait obtenir tout simplement l'effet contraire à celui attendu: une chute des revenus de la TVA.

Je renvoie les lecteurs vers la courbe de Laffer (paradoxalement, les pays baltes semblent avoir suivi cette théorie dans la mise en place d'un impôt à taux unique) pour plus d'informations mais il s'agit simplement de logique. Une taxation plus forte entraine une baisse plus prononcée de la consommation et a pour conséquence l'annulation des revenus potentiels attendus.
Alors, comment le fait d'augmenter le taux de TVA pourrait inverser la tendance actuelle et augmenter les revenus? Le pronostic annoncé par le gouvernement est erroné.

La réaction du consommateur pourrait tout simplement prendre la forme d'une restriction de ses achats quotidiens. C'est une réaction en somme très logique face à tous ces développements récents. Moins de consommateurs potentiels, moins de revenus = consommation en baisse.
A la campagne, les habitants peuvent s'orienter vers des produits locaux venant de la ferme voisine ou de leur propre lopin de terre. Et je ne parle même pas du marché noir concernant certains produits!

Une autre interrogation: comment vont réagir les commerces?
1/ Vont-ils répercuter cette augmentation sur leur prix de vente? Dans ce cas, je vous laisser imaginer les couts de ré-impression (menus des restaurants, prix dans les supermarchés...) et de mise en place.

2/ Vont-ils conserver les prix actuels afin de ne pas avoir à demander quelques centimes supplémentaires à leurs clients? En effet, si je paye mon "päevapraad" (menu du jour) 45EEK, je me vois mal le payer 45,76EEK demain...
Alors, cela reviendrait à faire basculer le poids de ce nouveau taux non pas sur le client mais sur les acteurs écnomiques et donc à les fragiliser d'autant plus.

3/ Enfin, s'ils décident d'augmenter leurs prix (ce qui va probablement se produire), l'arrondi se fera très certainement à la couronne supérieure. Si on reprend l'exemple du päevapraad, il serait affiché à 46 EEK. Ce qui revient au final à un taux de TVA supérieur à 20% (20,6% dans notre exemple).

Bref, je ne vois vraiment pas l'intérêt de cette mesure sinon d'ajouter des complications alors que la situation actuelle est bien assez complexe. Comme souvent, le raisonnement basique semble être d'augmenter une taxe en pensant que cela augmentera automatiquement les revenus.
Le gouvernement a-t-il pris en compte une baisse plus forte de la consommation dans ses calculs? A-t-il réfléchi aux conséquences pour les commerçants, pour les consommateurs?
Pas sûr

2 commentaires > Laisser un commentaire :

Remo a dit…

Bonjour Guillaume, il se peut de mon point de vue que tu ais en partie raison, notamment sur l'économie grise.

Cela étant, quelles étaient les alternatives: couper encore davantage dans les dépenses, augmenter l'IS et l'IRPP, toucher à la politique familiale (par exemple, abaisser le plafond du salaire maternel, comme certains le suggéraient au PM)?

Le PM fait sans doute le calcul que la consommation a pratiquement touché le fond (on consomme toujours, il y a bien un moment où la baisse cessera), et il sait, comme toi et moi, décrypter les indicateurs avancés, notamment l'indicateur de confiance, y compris des ménages et des distributeurs, qui remonte sensiblement depuis deux mois.

Par ailleurs, cette coalition a toujours dit qu'elle souhaitait rééquilibrer la fiscalité en taxant moins le travail et davantage la consommation, l'utilisation des ressources naturelles et la pollution (ce que le projet de loi fait aussi en augmentant les taxes environnementales).

Enfin, même si cela est rarement rappelé dans le débat public en France, la TVA est un impôt qui a le très grand avantage de taxer de la même façon les produits locaux et les produits importés, alors qu'une hausse de l'IS ou des cotisations patronales, dans la mesure où elle ne s'applique qu'aux productions nationales, constitue de fait, et n'en déplaise à une certaine gauche française qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, une subvention de fait à l'industrie chinoise, turque, etc.

Sinon, es-tu sur de tes chiffres? Il me semble qu'il y avait plus d'absents cet après-midi au Parlement (13 au moment du vote de la Loi sur le travail, définitivement adoptée, et idem pour le budget, également adopté)? Mais peut-être est-ce que je me trompe.

Guillaume a dit…

le vote pour la TVA avait lieu en seconde lecture, d'où les différences de chiffres peut être. Je vois encore aujourd'hui un média annoncer 55 votes pour (au lieu de 54...)

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