2 juin 2009

La dévaluation en Lettonie débattue

D'après Bloomberg

Bengt Dennis, ancien directeur de la banque central suédoise et conseiller "spécial crise" du Gouvernement letton a déclaré que le pays aura besoin de dévaluer sa monnaie.

"Personne ne sait si cela aura lieu demain ou dans quelques mois et nous sommes passés au-delà de la question de savoir si oui ou non il faut dévaluer. Il faut maintenant se concentrer sur la façon dont cela va se produire" a-t-il précisé à la télévision suédoise SVT.

L'économie lettone a plongé de 18% au 1er trimestre 2009, obtenant ainsi la pire performance européenne de ce début d'année. Le Gouvernement fait tout ce qui est en son pouvoir pour réduire ses dépenses afin de continuer à recevoir l'aide si précieuse du FMI (le contrat prévoyait une contraction de 12% du PIB cette année, or elle pourrait dépasser 18%).

Le Premier Ministre letton, Dombrovskis, apporte son commentaire et ajoute que les propos de Dennis sont ceux "d'un expert, une opinion personnelle", détachée du travail de groupe auquel il prend part au sein du Gouvernement. Il ajoute que ces commentaires sur la dévaluation ne constituent pas "la position du Gouvernement de Lettonie".

Moins couteux
"Cette annonce de la part de Dombrovskis confirme une fois de plus que le gouvernement reste fermement attaché à préserver un taux fixe" déclare Yarkin Cebeci, économiste à JPMorgan Chase & Co. Avec quelques mesures fiscales, cela reste pour le moment moins couteux, sur le plan économique et politique, qu'une dévaluation.

Les actifs des banques suédoises SEB et Swedbank soufriraient fortement en cas de dévaluation puisque ces établissements ont prêté en euros alors que les emprunteurs perçoivent leurs revenus en lati. Le remboursement des dettes serait alors difficile pour certains, impossible pour beaucoup d'autres.

Dans les pays baltes, la valeur des prêts de SEB représente 22 milliards $ (166 milliards de SEK), soit 13% de ses prêts totaux. Swedbank, elle a prêté plus de 200 milliards de SEK à la région.

Le débat sur la dévaluation
Il semble désormais plus ouvert que jamais.
Le gouvernement letton poursuit sa politique de coupes budgétaires afin de restaurer la compétitivité du pays et rééquilibrer l'économie tout en conservant un taux fixe avec l'euro (avec une marge de fluctuation autorisée de +/-1%). Cependant, il semble que la piste de la dévaluation, si longuement ignorée, soit aujourd'hui envisagée et même débattue.

Le Ministre de la Justice Mareks Seglins a déclaré que le gouvernement devait se réunir pour discuter d'une dévaluation du lats et surtout afin d'estimer les gains et pertes en cas de réajustement de la valeur de la monnaie nationale.

Il calme cependant jeu: "Je ne demande pas et ne dis pas que le lats sera dévalué, mais il doit y avoir débat".

6 commentaires > Laisser un commentaire :

Gilles a dit…

Je n'ai aucune competence pour juger de l'interet ou de l'inconvenient de devaluer le lats.

Je note seulement qu'aujourd'hui on n'hesite plus a evoquer cette eventualite dans les cercles gouvernementaux lettons, alors qu'il y a quelques semaines un journaliste avait ete longuement arrete pour la meme raison .....

Marianne a dit…

On voit en effet que tout peut changer très rapidement en ces temps incertains !
Moi non plus ,je n'ai aucune compétence sur ce sujet, je ne fais qu'observer ce qui se passe autour de nous, en France et aussi dans les Etats Baltes car j'ai la chance d'avoir des correspondants locaux dans deux de ces Etats ;).
Si on attend qu'en France on nous parle de ce qui se passe en Europe , on peut attendre longtemps ! Merci à Gilles et à Guillaume pour leurs informations régulières sur les pays dans lesquels ils vivent .

Remo a dit…

Le PM Dombrovskis a été très clair et a remis Bengt Dennis à sa place en indiquant que ses propos n'engageaient que lui-même et qu'ils n'exprimaient pas la position du gouvernement letton.

Quant au ministre de la justice, je comprends qu'il n'est pas favorable à la dévaluation, mais qu'il appelait, comme tu le dis, à ce qu'on débatte de et qu'on explique les avantages et les inconvénients d'une dévaluation.

Pour les inconvénients, je vois très bien, l'essentiel est ce qu'on appelle le currency mismatch. Presque tous les ménages et presque toutes les entreprises sont endettés en euros, alors que leurs ressources sont en lat. Une dévaluation ruinerait donc instantanément une forte proportion des uns et des autres ; le chômage ne serait plus de 17 ou 18% comme aujourd'hui, mais de 30 ou 40%, d'où nouvelle chute des rentrées fiscales, aggravation du déficit budgétaire, d'où nouvelle dévaluation, etc, pour ne rien dire de la situation des banques et de leur incapacité accrue à jouer leur rôle d'irrigation de l'économie par le crédit. C'est une spirale sans fin, que la France a d'ailleurs bien connu dans les années 75/80, et dont elle a mis des années de rigueur à se sortir.

En revanche, pour les avantages, je cherche encore...

Le FMI est d'ailleurs sur la même ligne que le gouvernement letton, considérant qu'une dévaluation causerait davantage de problèmes qu'elle n'en résoudrait.

Guillaume a dit…

Un avantage au moins: arrêter de jeter l'argent du FMI par les fenêtres pour soutenir continuellement sa propre monnaie.

Ce-dernier n'est d'ailleurs plus très chaud pour envoyer la dernière partie du "prêt".
Que se passera-t-il lorsque les réserves seront épuisées et que le lats sortira de sa zone de fluctuation autorisée?

On est bien entendu d'accord sur le currency mismacth, qui reste le principal obstacle à la dévaluation, mais la ruine du pays n'est pas forcément une meilleure solution; non?

Remo a dit…

Mais précisément, Guillaume, c'est ça que tu ne comprends pas: la dévaluation n'évitera pas la ruine! Bien au contraire, elle la précipitera.

Il n'y a pas de solution simple et indolore ; les deux solutions (déflation ou dévaluation) sont douloureuses, mais il me paraît clair que la dévaluation c'est bien pire. Tu as d'ailleurs peut-être vu aujourd'hui que le ministre estonien des finances par intérim avait déclaré hier au Riihikogu que le calcul coût/bénéfice de la dévaluation effectué par l'administration estonienne démontrait que le pays avait plus à perdre quà gagner d'une dévaluation.

Par ailleurs, je ne comprends pas ta première phrase. L'argent du FMI abonde les caisses de l'Etat, pas celles de la Banque centrale...

Guillaume a dit…

Nos opinions diffèrent
La dévaluation n'est encore qu'hypothétique mais tout indique qu'elle aura lieu. Elle serait douloureuse mais serait un mal nécessaire car la politique actuelle ne mène à rien.

Ma première phrase se rapporte aux sommes invraisemblables dépensées par la banque centrale lettonne pour soutenir sa monnaie, un gâchis inutile alors que l'argent pourrait être utilisé plus efficacement: 95,4 millions de lati en Juin; 44,7 millions en Mai; 55 mln en Avril, 51,2 en Mars...et plus d'un milliars d'euros l'année dernière en 11 semaines!
Total: 1,766 milliards d'euros dépensés ces 8 derniers mois... pour rien
Et je renvoie les lecteurs anglophones vers: http://latviaeconomy.blogspot.com/2009/06/update-on-potential-for-devaluation-in.html

Enregistrer un commentaire