19 juin 2017

Jaanipäev: la tradition des feux de la St Jean

feu St Jean
Jaanipäev (le jour de St Jean) ou Jaaniõhtu (la soirée) ou encore Jaanilaupäev a en Estonie une importance toute particulière puisque ce jour constitue avec Noël le plus important de l'année.

Le court été, avec ses longues journées et ses nuits quasi-inexistantes, a une signification très spéciale. Jaanipaev est célébré la nuit du 23 au 24 Juin, quelques jours seulement après le solstice d'été.


Histoire de la St Jean
La nuit de Jaanipäev était célébrée en Estonie bien avant l'arrivée du Christianisme bien que le nom actuel ait été donné par les croisés. L’arrivée de ceux-ci n'a pas sonné le glas des croyances païennes ou des rites de fertilité entourant ces festivités.

En 1578, Balthasar Russow décrit dans ses Chroniques de Livonie et avec un léger écœurement des Estoniens qui accordaient plus d'importance à cette nuit qu'au devoir d'aller à l'église. Il critiquait aussi ceux qui y allaient mais n'entraient pas et à la place allumaient un feu, buvaient, dansaient, chantaient tout en suivant des rites païens.

Monument vabaduse valjak
Pour les Estoniens, Jaanipaev correspond également avec la célébration de Võidupüha, le jour de la victoire sur les forces allemandes le 23 Juin 1919 durant la Guerre d'indépendance. A la suite de cette bataille, la nuit de la St Jean est liée au désir d'indépendance et de liberté.
Tradition et signification

Certains des rituels de Jaanipäev prennent leurs racines dans le folklore local. Le plus célèbre de ses rituels est d'allumer un feu de joie et de sauter au dessus. Ceci est censé écarter la malchance et apporter prospérité. Plus le feu est important, plus les mauvais esprits s'éloignent de vous et de votre récolte. Ne pas allumer de feu menace votre domicile d'être détruit par le feu.

Parmi la littérature et les légendes estoniennes, celle de Koit (l'aube) et Hämarik (le crépuscule) illustre l'importance de la période de Jaanipaev pour les amoureux. Les amants ne se voient qu'une seule fois par an pour échanger le plus bref des baisers durant la nuit la plus courte de l'année. Ils rejoignent alors la forêt pour rechercher la fleur de la fougère qui selon la légende fleurit seulement cette nuit. Les célibataires peuvent également suivre un certain nombre d'instructions (grâce à certaines fleurs) afin de savoir qui sera l'heureux(se) élu(e) et, qui sait, faire LA rencontre...

L'ancien Président Lennart Meri a de son côté proposé une toute autre interprétation dans Hõbevalg (1976). Meri suggère que les traditions de Jaanipaev mettent en scène la chute du météore de Kaali sur l'île de Saaremaa. Celle-ci aurait été une source d'inspiration pour de nombreuses histoires mythologiques Scandivanes et Baltes à propos du soleil tombant sur la Terre. Cette idée suggère que les feux de joie actuels et les célébrations symbolisent les connections de l'Estonie avec son passé.

Occupation soviétique
Durant l'occupation, les soviétiques n'ont jamais tenté de réprimer ces célébrations. Pour les Estoniens cependant, cette soirée restait liée à leur victoire durant la guerre d'indépendance et donc leur liberté. Jaanipaev était donc l'occasion de se souvenir de son indépendance passée et d'entretenir l'espoir.
La tradition avant l'occupation était que le Président allume le premier feu le matin de Võidupüha (23 juin) et que celui-ci alimente tous les autres feux de joie du pays par l'intermédiaire de la flamme de l'indépendance.

Un peu avant l'indépendance de 1991, Jaanipaev devint un jour férié non officiel avant d'être définitivement converti en jour férié en 1992.

6 commentaires > Laisser un commentaire :

Marianne a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Encore un bel article. Je ne saurais rajouter qu'il y a une tradition tout aussi forte que le saut de bûcher, c'est l'alcool. On passe un peu rapidement dessus car l'aspect débauche est assez important, mais il faut rappeler que les "païens" en question ripaillaient volontiers à coup de pichet et autres alcools tout comme le font aujourd'hui les Estoniens.

Même si cet aspect peut en écoeurer voire juste rendre incompréhensif d'autres, cette célébration est en effet très proche de l'Esprit Estonien. Cette culture de l'indépendance tant vis à vis de la politique que de la religion. Ils en payent souvent les dérives d'ailleurs, mais cela reste fortement ancré dans leur façon de percevoir la vie.

Ah oui, il y a aussi une fête du feu à Orléans...mais je ne sais pas si c'est le même jour, il s'agit de la Saint Jeanne...ok je sors.

Estonie Tallinn a dit…

Je crois que cette célébration a également lieu à Rouen ! ;)

Anonyme a dit…

alain

très intéressante perception de ce pays que je découvre également depuis 2007 mais de manière plus épisodique avec ma compagne et sa famille

continue à alimenter ces pages

merci

Estonie Tallinn a dit…

Merci pour vos encouragements Alain. J'alimente quand je peux le blog et sinon il y a la page facebook ou je publier regulierement l'actualite: http://www.facebook.com/Estonie

GUillaume

Anonyme a dit…

Une estonienne à Strasbourg: ahh cela me manque, la plus grande et joyeuse fête estonienne! C'est vraiment la fête la plus importante, où tous les amis sont ensemble (mais aussi la famille normalement). Comme la nuit est très longue (le soleil se couche vers minuit), c'est vraiment spécial. A recommander à tous d'y participer une fois! En Alsace il y a aussi une tradition de feu de St-Jean, mais bien entendu cela ne porte pas la même signification..

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