7 décembre 2009

Marie: une langue qui disparait


Depuis quelques années, une chape de plomb s’est abattue sur la petite République des Maris, en Russie

A l’école N° 14, au centre-ville de Iochkar-Ola, on met les petits plats dans les grands pour recevoir les invités: dans une classe de cette école spéciale où l’enseignement se fait en partie en langue marie, les enfants, parfois vêtus en habit traditionnel, exécutent quelques pas de danse en chantant dans la langue vernaculaire, tandis qu’un petit musée de la culture marie a été aménagé dans un local adjacent.

Pourtant, les élèves ont bien du mal à articuler quelques phrases en langue marie. Seules deux heures de classe par semaine sont consacrées à l’enseignement de la langue, et seules deux écoles dans toute la République disposent d’un enseignement «bilingue».

«C’était nettement mieux avant», soupire Laïd Chemïer, ancien dirigeant du Conseil mari, désormais bête noire des autorités locales. «Avant», c’était les années 1990, quand un mouvement de réappropriation de la culture marie était né des cendres de l’effondrement de l’Union soviétique. «L’enseignement en langue marie était généralisé à l’échelle de la République, la fonction publique comptait environ 35% de cadres d’origine marie, beaucoup plus qu’aujourd’hui…» relève Laïd Chemïer.

A l’époque, les associations maries étaient parmi les plus actives au sein des mouvements rassemblant les petits peuples finno-ougriens; aujourd’hui, c’est l’inverse: forte de son indépendance, l’Estonie soutient volontiers les projets culturels maris, au risque d’envenimer un peu plus la relation avec le voisin russe.

Depuis 2001, une loi a rendu facultatif l’enseignement de la langue marie. Depuis quelques années, une chape de plomb s’est abattue sur la petite République. En 2005, Laïd Chemïer était violemment agressé par des inconnus, qui l’ont laissé pour mort dans une rue sans lui avoir rien dérobé. Un mois plus tard, Elena Rogatcheva, journaliste pour Radio Free Europe, subissait le même sort. En 2007, c’est la femme de Laïd Chemïer qui était attaquée dans la rue.

Lors des dernières élections en octobre, le parti pro-Kremlin Russie unie a récolté près de 65% des voix en République des Maris, contre 20% pour le Parti communiste. Chose étonnante, les communistes et la droite du parti Pravoe Delo ont fait cause commune, pour exiger le licenciement du président, Leonid Markelov. Peine perdue: Dmitri Medvedev, qui a le pouvoir de «valider» les dirigeants régionaux, a renouvelé sa confiance à l’homme fort de la République le 11 novembre…

Source: Le Temps
Auteur: Alexandre Billette

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