1 juillet 2009

Estonie: le 1er Juillet, tout va changer!

Illustration: Produskies

C'est aujourd'hui, 1er Juillet 2009, qu'un nombre record d'amendement doit entrer en vigueur en Estonie.

D'après les derniers chiffres, l'été risque d'être plus "chaud" que prévu, mais il ne s'agit pas là de prévision climatiques...
La rigueur est de mise afin de conserver un déficit budgétaire en-deçà du critère d'entrée dans la zone euro de 3% du PIB. Le problème est que ces mesures, si elles étaient efficaces (ce qui est très largement contesté), entrent de toute façon en vigueur bien trop tard.

Les chiffres du premier trimestre (source Bloomberg) montrent que le déficit a déjà atteint 2,5% du PIB. Ce qui signifie que la marge de manœuvre est considérablement réduite, avec seulement 0,5% pour trois trimestres.
Autant dire qu'au début de ce troisième trimestre (on n'a pas encore les chiffres du second trimestre mais on n'imagine mal un renversement de tendance incroyable), les objectifs fixés ne sont pas atteints.

Ainsi, le déficit, au lieu de se réduire comme cela avait été prévu, s'est creusé à 5,57 milliards d'EEK contre 2,06 milliards un an auparavant. Certes, les mesures entrent en vigueur aujourd'hui mais aucun expert (économiste, analystes..) ne peut imaginer que la rigueur aura un effet positif sur l'économie. Certains dénoncent même un cercle vicieux dans lequel se sont engagés la Lettonie et l'Estonie: plus les dépenses diminuent, plus le PIB chute, plus les dépenses augmentent, plus le déficit se creuse, entrainant plus de coupes budgétaires, etc...

D'autres jugent beaucoup sévèrement ces dernières décisions.
Eiki Nestor, membre du Parlement explique clairement son point de vue. Malgré les coupes budgétaires importantes, il est désormais devenu évident que l'objectif des 3% est totalement utopique. Il insiste: "alors qu'augmenter la TVA dans un climat de récession éconique est une mauvaise décision, diminuer les aides aux malades est un non-sens". Märt Riisenber, un entrepreneur souligne "qu'il vaut désormais mieux être en bonne santé".

De son côté, Raul Eamets, professeur d'économie à l'Université de Tartu, pense "qu'aucune mesure entrant en vigueur aujourd'hui ne permet de relancer l'économie ni même de ralentir la récession actuelle. Il s'agit seulement de réparer des trous financiers causés par des erreurs antérieures dus à une mauvaise politique budgétaire".

Cela va-t-il enfin remettre en question cette "course à l'euro" ridicule et faisant abstraction de toute réelle stratégie sur le long terme? Pourquoi vouloir l'euro si vite? Et même si l'Estonie entre dans la zone euro, qu'est-ce que cela va changer et que veut faire l'Etat par la suite? Les problèmes fondamentaux resteront: faible productivité, couts élevés, taux de chômage important...

Bref, quelles sont les nouvelles conditions aujourd'hui?
La nouvelle loi sur les contrats de travail entre en vigueur tandis que les lois sur les salaires et le temps de repos deviennent invalides.


Assurance Chômage
- l'allocation versée durant les 100 premiers jours est rabaissée à 50% du salaire moyen contre 70% auparavant. Du 101è au 360è jour, elle passera à 40% au lieu de 50% précédemment.
- Hier, la Caisse d'Assurance Chomage a proposé une nouvelle augmentation des cotisations de 3% (au 1er Juillet; 0,9% auparavant) à 4,2%. Confirmée aujourd'hui: entrée en vigueur du nouveau taux le 1er Aout, jusqu'au 31 Décembre.
- le cout d'un licenciement devient moins important pour les employeurs qui ne payent plus qu'un mois de salaire. La Caisse d'Assurance Chomage payera le reste...
- l'obligation de payer une indemnité journalière lors d'un déplacement professionnel en Estonie est supprimée. Les autres coûts minimum (logement...) et restrictions sont elles aussi supprimées.
- le paiement d'une indemnité aux employés démissionnant ou quittant l'entreprise suite à un accord à l'amiable est repoussée à 2013 - soit dit en passant, drôle d'idée.. si l'employé part de son plein gré, c'est son problème. Pourquoi devrait-il recevoir une indemnité?

Les Droits d'accise
- sur l'essence vont augmenter de 10,8% et de 12% sur le diesel, soit respectivement un prix au litre supérieur de 72 et 73 cents. En incluant la TVA, cela revient à une augmentation d'1 EEK/L. Le prix du gaz naturel d'Eesti Gaas prendra également un coup de 5 à 6% (après amendement).- - les taxes environnementales augmentent aussi d'environ 20%

Réductions des Salaires
- les salaires des fonctionnaires, policiers, des douaniers et de l'armée perdent 8%.
- les professeurs voient leur salaire baisser de 4% et les procureurs de 6%

Loi sur le Trafic
- tout conducteur arrêté en état d'ivresse et présentant un taux d'alcoolémie d'au moins 1,5g/L de sang sera considéré comme criminel. L'amende encourue pour des taux situés entre 0,5g/l et 1,5g/L est réévaluée à 18 000EEK. Les officiers peuvent également suspendre le permis de conduire pendant un an.

Allocations
- A partir d'aujourd'hui, un parent restant à la maison avec son enfant malade ne perçoit plus 100% de l'allocation maladie mais 80%
- un employé malade recevra le paiement de son employeur du 4è au 8è jour. La caisse d'assurance chômage prendra le relai à partir du 9è jour d'absence. L'allocation s'élève à 70% du salaire moyen de l'année précédente.
- l'allocation décès de 3000EEK disparait

TVA
- Augmentation du taux de 18 à 20%
- l'Etat espère ainsi collecter 800 millions d'EEK (100EEK/mois/citoyen), ce qui est purement illogique en période de crise. Une augmentation des taxes conduit à une baisse de la consommation et donc une diminution des revenus.

23 commentaires > Laisser un commentaire :

Anonyme a dit…

...et quand je lis que Mr Ansip a encore rappelé hier que le but de l'Estonie etait de rester sous les 3% et rentrer dans l'Euro le 1er janvier 2011, ca me revolte. Si cela ne signifie pas "sacrifier la population", qu'on m'explique alors!!! Steph

Guillaume a dit…

et oui... bon sinon comme je l'ai annoncé de nombreuses fois déjà, c'est rapé pour l'euro en 2011 bien sur - et c est Juncker lui-même qui le dit: http://www.guardian.co.uk/business/feedarticle/8586424

Remo a dit…

Désolé Guillaume, mais dire que les dépenses ont augmenté de 150%, c'est du grand n'importe quoi. En mars, les dépenses ont augmenté de 4,86%, en avril de 1,27%. Donc, 150% sur le 1er trimestre, c'est rigoureusement impossible, Bloomberg se fout complètement dedans.

Par ailleurs, 5,57 milliards d'EEK de dépenses en un trimestre, si on annualise, ça donne 22,28 Mds, pour un PIB qui dans le scénario central de la Banque d'Estonie, devrait ressortir à 214 Mds, soit un ratio de l'ordre de 10,5% du PIB. Ca n'a évidemment aucun sens, puisque cela signifierait que l'Estonie a divisé ses dépenses par plus de 3, voire près de 4 en 2009. Il n'y a pas un pays au monde dont les dépenses publiques tournent autour de 10%. Cherche sur Eurostat, mais on doit tourner autour de 34 à 36% en Estonie.

Voilà une nouvelle illustration de ces analystes anglo-saxons qui enterrent des pays dont ils ne savent même pas où ils se trouvent sur la carte, et qui ne savent évidemment pas non plus quelle est leur monnaie.

Autre erreur, mais là ça n'est pas Bloomberg, l'indemnité de chômage ne redescend pas à 50% contre 70% auparavant. 70%, c'était le taux que la loi de décembre avait prévu à partir du 1er juillet (donc un taux supérieur à la France, soit dit en passant, où on doit être à 63 ou 65%), et qui n'a donc jamais été appliqué.

De même, rappelons quand même aussi, avant de faire passer Ansip et ses ministres pour des sans-coeur, qu'en France non plus, un salarié qui démissionne de son plein gré n'est pas éligible au paiement d'indemnités de chômage.

Enfin, je rappelle pour la xème fois que le salaire moyen a augmenté de 59% au cours des trois dernières années pour une inflation de 22,98%. Il n'est évidemment jamais plaisant de voir son salaire baisser, mais dans le cas d'espèce, et à la lumière de ce qui précède, ça n'est pas non plus la fin du monde. Arrêtez donc de rêver au grand soir!

Guillaume a dit…

Pour les chiffres, je parle bien entendu du déficit, pas des dépenses. C'était le thème du début du texte, mais merci d’avoir ouvert l’œil !

Je confirme la baisse des indemnités chômage à 50% au lieu de 70% du salaire moyen durant les 100 premiers jours de chômage. Ceci est inclus dans le nouvelle loi sur les contrats de travail. Si tu as une source indiquant le contraire, elle est la bienvenue car les miennes confirment sa mise en place...

Concernant la démission, j'ai mis ma petite notre à ce propos dans le texte: "soit dit en passant, drôle d'idée.. si l'employé part de son plein gré, c'est son problème. Pourquoi devrait-il recevoir une indemnité?"
et donc je tiens à rappeler que même si je n'apprécie guère la politique d'Ansip, je peux rester quelque fois objectif :) Je n'ai pu commenter toutes les mesures mais il est évident que dans le tas, certaines sont bonnes.
Merci de ne pas me faire passer pour un acharné qui dénigre systématiquement tout ;)

Concernant le salaire moyen, tu t'enflammes un peu tout seul là: "Arrêtez donc de rêver au grand soir!". Je n'ai fait que retranscrire l'information sans la commenter.

Je peux le faire maintenant en disant que les salaires sont déjà trop faibles en Estonie pour vivre correctement, et/ou les prix trop élevés - je rappelle aussi qu'on ne peut pas vivre avec le salaire minimum estonien (autour de 270eur de mémoire).

Aussi, comparer l'augmentation à l'inflation, oui cela donne une indication, mais cela revient à faire ce que tu critiques toi-même: manier les chiffres depuis un bureau sans connaitre les conditions de vie sur place. (quel était le chiffre de départ? Peut-être était-il tout simplement beaucoup trop faible...Pourquoi l'inflation était si forte? ...).

Si les salaires paraissent trop élevés, ils sont la conséquence d'une mauvaise gestion passée (je ne refais pas le discours sur le contrôle de la croissance).

Enfin, et un peu comme d'habitude, replaçons le débat: la politique mise en place visant à obtenir l'euro rapidement.
C'est un échec TOTAL - Juncker a encore précisé hier que l'Estonie, au plus tôt, atteindrait les critères d'entrée en 2011, plus probablement 2012, pour une entrée en 2013, plus probablement 2014.
Le déficit est déjà à 2.5% du PIB cette année et il est clair que l'objectif de 3% ne sera pas atteint. La banque centrale a estimé qu'il faudrait encore de nombreuse coupes budgétaires mais j'ai du mal à imaginer que les gens puissent encore en prendre sur la gueule.
Ansip lui s'entête dans ses délires et ses rêves en confirmant la date du 1er Janvier 2011. Au 31 Décembre, il se rendra peut être enfin compte du problème... comme d'habitude (rappel: ils nous ont fait le même coup pour la crise l'an dernier), trop tard!

La base de son raisonnement et de sa politique (l'accession à l'euro au 1er Janvier 2011) est donc complètement ruinée.

Moi en tout cas (et contrairement à lui) je raisonne avec des faits, des chiffres et non avec des suppositions - ce qui a tendance à m’insupporter comme tu le vois :)

Mais en fait pourquoi l'euro? Qu'est ce que cela va apporter à part la stabilité monétaire? Et après?
L'euro n'est pas une pilule miracle. Les problèmes restent si on ne cherche pas à les résoudre. Il n'y a AUCUNE politique pour l'emploi, ou tout simplement pour lutter contre la crise. La seule politique actuelle est le respect des 3% de déficit budg. et l'on voit maintenant très concrètement que c'est une catastrophe.

Remo a dit…

Bonjour Guillaume,

1/ Je te réponds d'abord sur le taux de remplacement du dernier salaire en cas de chômage. Je maintiens que ce taux n'a jamais été de 70%. La loi votée par le Riigikogu en décembre avait bien prévu que ce taux passerait à 70% au 1er juillet (contre, en gros, parce que c'est un peu plus compliqué que ça) 50% précédemment. Mais cette loi n'est jamais entrée en vigueur puisqu'elle a été amendée le 18 juin. On revient en gros au statu quo ante, c'est-à-dire un taux de remplacement de 50%. en d'autres termes, un chômeur qui touchait 500 euros lors de son dernier emploi avait droit à 250 euros d'indemnité de chômage le 29 juin, et il touche toujours 250 euros le 2 juillet. Je maintiens donc que rien n'a changé dans les faits ; en revanche, effectivement, l'augmentation prévue du taux de remplacement n'a pas été mise en oeuvre. Ca n'est pas tout à fait la même chose, me semble-t-il.

2/ Je renonce à débattre sur le sujet des salaires, car manifestement nous ne parlons pas le même langage. D'abord, le salaire minimum ne concerne que 1% des salariés, contre 17% en France. Ca ne veut donc pas dire grand chose. Ensuite, si, bien sûr, on peut vivre avec un salaire minimum, chichement évidemment, mais on peut vivre ; la preuve en est que les salariés qui touchent ce salaire ne se suicident pas en masse ni ne meurent de faim. Le salaire moyen, qui était de 7287 couronnes en 2004 (466,37 euros) s'est établi au 4ème trimestre 2008 à 13 117 couronnes (839,49 euros), soit 80,05% de hausse. Dans le même temps, la retraite moyenne a augmenté de 2 244 à 4550 couronnes, soit plus qu'un doublement en 4 ans.

Or, sur la même période, l'indice des prix à la consommation n'a progressé que de 31,74%. Tu me diras ce que tu veux, mais un économiste est obligé de travailler sur des chiffres, pas sur des perceptions. Et les chiffres ci-dessus démontrent que le pouvoir d'achat du salaire moyen a progressé de près de 50 points en 5 ans, et celui de la retraite moyenne de plus de 70 points. Tu ne vis peut-être pas depuis assez longtemps en Estonie pour le mesurer, mais il est évident que le pouvoir d'achat des salariés et des retraités estoniens s'est considérablement amélioré depuis plusieurs années. J'ai un peu peur que tu oublies d'où l'on vient (je ne te ferai pas l'injure de te rappeler le PIB par habitant de la Russie en standard de pouvoir d'achat: c'est le quart de celui de l'Estonie).

Je continue dans le politiquement incorrect. Des salaires qui augmentent de 80% en 5 ans, c'est évidemment très bien pour ceux qui les touchent ; c'est en revanche évidemment insoutenable pour les entreprises qui les versent, car (i) dans aucun au monde la productivité ne peut progresser aussi vite et (ii) comme on l'a vu les prix de vente sur le marché national augmentent beaucoup moins vite, sachant que c'est évidemment encore pire à l'export, puisque l'inflation moyenne de l'UE, premier partenaire commercial de l'Estonie, est infiniment plus faible. Tous les économistes et tous les investisseurs savent depuis longtemps que cela ne pouvait pas durer éternellement. Le vrai problème de l'Estonie est là: les salaires sont montés trop haut trop vite, entraînant une chute de la compétitivité du pays ; or, l'Estonie, je ne sais pas si tu l'as perçu, vit des investissements directs étrangers (72% du PIB). Et quand un pays devient trop cher, on va voir ailleurs, c'est aussi simple que cela.

Remo a dit…

3/ Sur le déficit. Bien noté tes corrections ; j'ai lu par ailleurs le papier de Bloomberg, qui est en fait assez bon. Il est clair qu'il sera très difficile de contenir le déficit public étendu dans la limite des 3%. Ce chiffre de 2,5% (d'ailleurs à mon avis c'est plutôt 2,6%, car je fais plus confiance à la prévision de PIB de la Banque centrale qu'à celle des Finances) inclut le déficit du gvt central, celui des organismes de Sécu et celui des collectivités locales. Or, les derniers chiffres publiés hier par Swedbank tendraient à montrer que le déficit du gouvernement central est sous contrôle: 1,3% du PIB en avril, 1,4% en mai. Le dérapage que tu annonces ne s'est donc pas produit. Compte tenu des mesures de la mi-avril et de celles du 18 juin, ça paraît jouable. En mai, les dépenses courantes ont déjà baissé de 1,4% en glissement annuel et l'investissement de 5,7%. Les décisions prises en matière de comptes sociaux, et que tu as évoquées, devraient permettre aussi de limiter le dérapage de cet agrégat. Enfin, souviens-toi que le 1er budget rectificatif de février comprend un encadrement des dépenses des collectivités locales.

Je ne dis pas que c'est gagné. En revanche, je dis que ça reste possible, et je crains que M. Juncker, avec tout le respect que je lui porte, n'ait pas pris l'entière mesure de la détermination des autorités estoniennes.

Une dernière chose enfin: n'oublie pas que l'Estonie doit commencer à recevoir quelque chose comme 4% de son PIB en Fonds structurels et de cohésion de la part de l'Union. Or, seul 25,6% du total de l'année avait été versé fin mai. Si la Commission ne traîne pas, et si l'Estonie fait ce qu'il faut pour recevoir cet argent, je maintiens qu'on peut maintenir le déficit dans la limite de Maastricht, d'autant qu'il y a encore de la marge, n'en déplaise à notre ami Stéphane, notamment sur les retraites (une augmentation du pouvoir d'achat des retraites de 6% en un an, alors que le pays - et le monde entier -affrontent la plus grande crise financière depuis 80 ans, c'est -désolé de le dire - un luxe.

Remo a dit…

4/ Je serai moins catégorique que toi sur l'impact de la hausse de la TVA et des accises sur la consommation. Ca reste ténu et fragile, mais il y a quelques indicateurs avancés, comme disent les économistes, qui tendraient à montrer que la situation se stabilise. L'indice de confiance mesuré par l'Institut de la recherche économique (dépendant de l'Institut de la conjoncture) remonte depuis 3 mois. Surtout, les ventes au détail ont progressé de 3% en mai par rapport au mois précédent, et la production industrielle de 1%.

5/ Le discours d'Ansip et de la Banque centrale est clair: l'euro n'est pas une fin en soi, l'euro constituera le couronnement d'un processus de réajustement qui est en tout état de cause nécessaire après des années de surchauffe. Ici, nous ne sommes pas en France: l'irresponsabilité collective, le demain-on rase gratis, le je m'en foutisme généralisé, le sacrifice des jeunes générations au motif de relance (par l'explosion d'une dette que toi, Stéph et moi devrons bien finir par payer un jour ou l'autre, par exemple en travaillant jusqu'à 70 ans), ça n'est pas dans l'air du temps ici, c'est tout, pas plus qu'en Suède (cf. l'une des priorités de la présidence suédoise, le retour à des finances publiques équilibrées).

Les bénéfices d'une entrée dans la zone euro? Une détente massive sur les taux d'intérêt (14 points d'écart aujourd'hui entre le Talibor et l'Euribor), la disparition du risque de currency mismatch, un gage de stabilité pour les investisseurs directs étrangers, et donc peut-être le déclenchement d'une nouvelle vague de délocalisations d'entreprises nordiques, et aussi, psychologiquement, et je ne pense pas que ce soit négligeable, le fait d'appartenir enfin au premier cercle, puisqu'il y a de plus en plus de décisions dans l'Union qui se prennent à l'Eurogroupe et non au Conseil Ecofin des 27. Ca ne résoudra évidemment pas tous les problèmes, mais détrompe-toi, laisser filer le déficit et donc la dette en poserait de bien plus grands (la France trouve encore facilement de l'argent à emprunter, parce que c'est la France ; mais la Lettonie et la Lituanie par exemple, tout récemment, n'ont pas trouvé preneur pour leur dette et/ou ont du servir des taux hallucinants (9,35% pour la Lituanie) pour trouver preneurs).

J'arrête, parce que je sais que de toute façon je ne te convaincrai pas :-)

Anonyme a dit…

Euh, comment peut-on vivre avec 270 euros/mois lorsque l'on a un loyer à payer et une p'tite famille à nourrir? Même chichement...c'est quelque chose que j'ai du mal à imaginer. Steph

Marianne a dit…

Je suis d'accord avec toi , Steph , je viens de me faire la même reflexion ! J'ai envoyé un email à Guillaume car je ne voulais pas réagir , mais je vais quand même dire ce que je pense ,car je suis consternée d'entendre une telle phrase :
"on peut vivre avec un salaire minimum, chichement évidemment, mais on peut vivre ; la preuve en est que les salariés qui touchent ce salaire ne se suicident pas en masse ni ne meurent de faim."
Malheureusement , en France ,le salaire minimum mensuel est de 1321,02 € brut soit environ 1037,53 € net , ce qui fait qu'il ne reste , quand on a payé son loyer (entre 300 et 400 euros , voire plus , l'électricité , l'eau , le gaz et bien d'autres charges ), pas grand chose pour acheter à manger surtout si l'on a plusieurs bouches à nourrir !
C'est pour cette raison que beaucoup de gens vont dans des associations (banque alimentaire ,restos du coeur , etc ) .
Dire que les gens ne se suicident pas ou ne meurent pas de faim (pour eux ,c'est plutôt "régime" patates ou pâtes tous les jours ,et pas de vacances , ni cinés , ni restos ,et j'en oublie que ces gens là ne peuvent plus s'offrir ....), est facile à dire quand on ne le vit pas !
La situation de beaucoup de beaucoup de Français est très précaire et je ne me permettrais pas de dire de telles choses , sachant que de plus en plus de gens sont amenés à vivre de telles situations dans les jours ou mois qui viennent . Dans la région où je vis , on entend parler de boîtes qui licencient très souvent en ce moment (encore ce matin ).
Je ne voudrais pas être à la place de tous ces gens qui ne savent pas comment ils vont s'en sortir pour survivre .
Il vaut mieux éviter ce genre de remarque très choquante en ce moment !

Remo a dit…

Bonsoir Marianne et Stéph,


Soit. Alors expliquez-moi donc comment les Cubains font pour vivre avec un salaire moyen de l'ordre de 10 euros par mois?

Accessoirement, une lecture objective de la situation économique en Estonie obligerait à rappeler que les tarifs de chauffage, qui constituent la première dépense des ménages les plus modestes, ont baissé de 37,3% depuis le début de l'année. Et le prix de l'alimentation, qui est le second poste le plus important, de 4,8%.

Par ailleurs, Stéph, rappelle-moi la proportion d'Estoniens qui paient un loyer? Réponse: 8% (6% au prix du marché et 2% un loyer réduit). 83% des Estoniens sont propriétaires et 10% logés à titre gratuit (source Eurostat, bulletin 95/2009 du 26 juin). En France (dont je ne parlais pas dans mon post) 38% de locataires.

Anonyme a dit…

Parmi les Estoniens proprietaires, combien ont un credit à rembourser?
Ensuite, alors 3 paquets de couches par mois 60 euros, le lait en poudre (6 boites par mois) 90 euros...en esperant que des amis te prete la poussette, le siege auto, qq vetement pour le bébé...reste 150 euros pour tes propres vetements et ceux de ta femme, la nourriture, la voiture, le chauffage qui fonctionne 9 mois sur 12, les imprévus....je ne sais pas quelle relation tu as avec l'Estonie mais je suis désolé, j'ai des amis qui ne s'en sortent pas. Certains prix ne sont pas beaucoup plus bas qu'en France. Steph

Marianne a dit…

Bonsoir Rémo ,

C'est ce que j'ai remarqué quand je suis allée en Estonie , et Guillaume nous en avait parlé :
les fringues sont aussi chères qu'en France , certaines marques plus chères (et j'ai un bon "indic" en Estonie pour le prix des fringues ) ,la nourriture (on a fait les courses comme en France pendant 15 jours , on était en location ) un peu moins chère ,mais il ne faut acheter que des produits estoniens .
Je ne peux pas comparer le reste car je n'y vis pas .
En bref ,pour comparer avec la France , Guillaume vivait auparavant en France avec un salaire "normal" pour deux ,louait un studio(300 € )et vivait correctement ; en Estonie ,depuis 2 ans , il n'a jamais pu prendre une location (ils ont 2 salaires estoniens ) ,c'est quand même assez parlant !
Il m'a dit qu'en Estonie ,il connaissait d'autres jeunes qui travaillent mais restent aussi vivre chez leurs parents car les loyers sont trop chers !
Quant à Cuba , pays que je ne connais pas , je ne pense pas m'avancer beaucoup en disant qu'on ne peut pas comparer ce pays avec la France ,ni avec l'Estonie , car je pense qu'il n'y a aucune comparaison possible !

Remo a dit…

Stéph, la voiture, une Audi ou une Mercedes
:-) ? On va encore me dire que je fais de la provoc, mais évidemment, lorsque l'on touche le salaire minimum, avoir une bagnole, c'est du luxe. Quand j'ai emménagé à Paris peu de temps après mon mariage, avec un seul salaire (2 000 euros, soit sans doute 2 fois et demi le salaire minimum à l'époque), un loyer (853 euros pour 43 m², soit 42,6% de mon salaire, ce serait plus aujourd'hui), et l'Alliance française à payer (environ 250 euros, je crois), puisque ma chère et tendre ne parlait alors pas un traître mot de français, ma femme (c'est la même que celle qui précède, pour qu'il n'y ait pas de confusion ;-)) me tannait pour qu'on achète une voiture, au motif, comme le disait à l'époque une pub de Renault, que 96% des Français ont une voiture. Et je lui ai toujours répondu que l'on ne s'achèterait pas de voiture parce que nous n'en avions pas les moyens.

Marianne, je ne conteste pas ce que vous dites, mais attention à comparer des choses comparables, c'est-à-dire de capitale à capitale. 300 euros aujourd'hui à Paris, c'est le prix d'une chambre de bonne de 10/12 m². A Rakvere, à Johvi ou à Rapla, je pense qu'on peut louer avec deux salaires estoniens. Par ailleurs, le fait qu'une très forte proportion de la population est propriétaire fait qu'il y a mécaniquement peu de locations, et qu'elles sont donc effectivement relativement chères.

Enfin, à Paris aussi, et plus encore dans toute l'Espagne, des jeunes qui travaillent sont obligés de rester chez papa-maman parce que les loyers sont trop chers (en Espagne couramment au-delà de 30 ans, et ça ne va pas s'arranger avec l'explosion du chômage). Je ne pense donc pas que ce soit propre à la capitale estonienne.

Je ne nie pas qu'un nombre non-négligeable de gens aient du mal à joindre les deux bouts (même en Norvège et au Luxembourg, les deux pays les plus riches d'Europe, il doit y avoir des gens dans ce cas) ; mais pour avoir vécu dans 6 pays avant l'Estonie, et en avoir visité quelques dizaines d'autres, je suis intimement convaincu qu'il y a largement pire, y compris en Europe.

Marianne a dit…

En fait , on s'aperçoit qu'on ne peut pas comparer , beaucoup d'éléments diffèrent d'un pays à un autre .
Je sais qu'en Espagne ,les jeunes restent chez papa-maman très tard , et qu'ils ont une situation de chômage dramatique actuellement.
En France , on commence aussi à voir des jeunes qui travaillent rester vivre chez leurs parents .
Pour faire le bilan, et mettre tout le monde d'accord , le mode de vie pour beaucoup de gens dans beaucoup de pays est en train de s'écrouler et de changer irrémédiablement .
Les gouvernements sont sans doute obligés de procéder ainsi , de réduire les dépenses de leurs pays (sans doute y a-t-il eu des abus ). Mais je pense que tout passerait bien mieux auprès des peuples (les gens sont près à faire des efforts si tout le monde en fait) si ceux qui décident et font les lois ,commençaient par montrer l'exemple en faisant eux mêmes des efforts , c'est à dire en réduisant certaines dépenses inutiles au niveau du "train de vie" du gouvernement .

Martin-Éric a dit…

Pourquoi payer une indemnité de départ? Parce que bon nombre de contrats de travail incluent une close de non-compétition empêchant un employé d'être repêché par un compétiteur, ce qui lèse le citoyen dans son droit d'exercer sa profession. Pour compenser, l'employeur est tenu de verser une compensation équivalente au salaire manquant, jusqu'à complétion de la période de non-compétition.

Et, de grace, ne pas juger des raisons qui puissent pousser un employé à volontairement remettre sa démission, plutôt qu'à patiemment attendre le jour où on inventera des excuses pour le foutre à la porte (ambiance pourrie au boulot, ça vous dit quelque chose?)

Guillaume a dit…

"ambiance pourrie au boulot, ça vous dit quelque chose?" oh que oui!
Est-ce une raison suffisante pour être indemnisé? Je ne crois pas. Lorsqu'on s'engage avec une entreprise, l'employeur autant que l'employé prend un risque.
Il s'agit de prendre ses responsabilités et d'assumer quand on décide de partir (même dans le cas d'une clause de non-concurrence)
- c'est ce que je fais, mais peut-être suis-je trop con? ou trop honnête?

Verser une indemnité pour un départ volontaire, c'est de l'assistanat. Je ne suis pas contre un peu d'aide mais dans ce cas, cela conduirait à de nombreux abus!

Guillaume a dit…

"l'irresponsabilité collective, le demain-on rase gratis, le je m'en-foutisme généralisé, le sacrifice des jeunes générations"
Remo, cela ressemble selon moi plus à ce qui se passe en Estonie qu'en France.. mais ce n'est que mon avis. Laisser faire un gouvernement qui conduit le pays à la ruine sans rien dire, j'appelle ça de l'irresponsabilité collective et du je m'en-foutisme généralisé! Et je constate ça également sous différentes formes tous les jours au boulot.

Quant à comparer l'Estonie à Cuba, je te renvoie encore une fois vers quelque chose que tu critiques: "Marianne, je ne conteste pas ce que vous dites, mais attention à comparer des choses comparables"
Comment peut-on comparer Cuba à l'Estonie??!! C'est proprement ridicule...

Quant aux salaires. Je ne sais pas dans quel monde certaines personnes vivent mais oui, en effet les Estoniens parviennent à vivre avec 270eur par mois. Comment et dans quelles conditions?
Un rapport récent montrait que 20% des Estoniens vivaient dans des conditions de pauvreté, cad comme au bon vieux temps des soviets (la famille entière avec la babouchka dans un appart à Lasnamae, ça vous tente?).
En France, et malgré ce que Mariane avance, avec le salaire min. (1100€ net) en Province on peut vivre correctement (un peu plus rude à Paris mais surement faisable), se payer un toit et être indépendant.
Et c'est ça que je retiendrai de mon passage en Estonie. Cela m'a ouvert les yeux sur les avantages que nous avons en France!
Aussi, elle exagère légèrement sur le fait qu'on ne puisse pas se payer un loyer ici. C'est plus un choix afin de faire quelques économies car on en a la possibilité.

Cela n'empêche que (encore une fois tu manipules les chiffres) la plupart des Estoniens ont un "loyer" à payer car les propriétaires en question ne le sont pas: ils payent leur loyer à la banque.

On sera au moins d'accord sur quelque chose. Oui quand on n'a pas les moyens on n'achète pas!

Et ce sera le mot de la fin pour moi sur ce sujet :) Mais merci pour tous les commentaires, ça prouve que l'Estonie peut intéresser et amener au débat (un peu tendu parfois mais c'est normal quand les avis divergent ;)).

Anonyme a dit…

Oui, il est tres courant d'avoir plusieurs generations sous le meme toit, surtout l'hiver. Car il est courant d'avoir un appart et grande une maison de campagne pour toute la famille ou on cultive souvent chauffee au bois et sans eau courante. Et il existe une reelle solidarite familiale.
Non les produits estonniens ne sont pas les moins chers ici (sauf ceux de son jardin), les produits des autres pays de l'est sont meilleurs marches (en partie grace a leur monnaie flottante).
Je vois beaucoup de promo dans les supermarches, mais surtout sur les produits superflus et des acheteurs ne prenant que ces produits en promo. Il y a encore de la marge.
Un veritable tueur de productivite en Estonie et le manque de service sociaux (garderies, ecoles fermant tot,...) qui bloque a domicile les parents. Un autre est les horaires d'ouverture a rallonge.
Les plus anciens ont du mal a vivre avec leur retraite si ils occupent seuls leur maison, et surtout car ils doivent supporter les couts medicaux somme toute peu aides. Par ailleurs ils ont vecu la transition (revolution) du systeme perdant les benefices d'une retraite russe et payant le cout de la transition sans pouvoir accumuler autre chose que leur logement.
La catastrophe sera pour les banques qui n'auront pas reussi a gager les maisons des anciens pour les appart neufs des plus jeunes.

Anonyme a dit…

Qui est cet(te) anonyme qui a l'air de bien connaitre l'Estonie? :P Steph

Remo a dit…

Bonjour Guillaume,

Je suis heureux de voir que tu te ranges à mon point de vue selon lequel on peut effectivement vivre avec 270 euros par mois en Estonie, difficilement bien sûr, en ayant du mal à joindre les deux bouts, mais ça n'est pas impossible.

Et, une fois de plus, puisque le point de départ de cette discussion était l'idée que M. Ansip sacrifie les gens les plus modestes, j'aimerais que Steph me dise comment les gens qu'il connaît et qui ne s'en sortent pas aujourd'hui, faisaient il y a 4 ans, au moment où Ansip a accédé au poste de premier ministre, pour vivre avec un salaire minimum ou un salaire moyen qui était sensiblement la moitié de celui d'aujourd'hui.

Dernière chose, puisque soit disant je manipule les chiffres: il y a en Estonie, selon l'Institut statistique national, 583 700 ménages. On a vu qu'Eurostat estimait à 83% la proportion des ménages estoniens propriétaires, soit 484 471 ménages.

Or, il y a en Estonie 131 000 ménages titulaires de prêts immobiliers, soit 27,04%. Maintenant, si je dois comprendre que 27,04%, en français, ça se traduit par "la plupart", alors que 72,96% ça se dit "une minorité", soit.

PS: 1 100 euros nets à Paris avec un loyer à payer, une femme ne travaillant pas (puisque dans le cas estonien, on m'oppose l'impossibiltié de vivre à Tallinn avec un seul salaire minimum et non deux) et un enfant, je demande à voir.

Bonne fin de semaine à tous.

Martin-Éric a dit…

Et l'alternative à ne pas remettre sa démission est quoi? Perdurer dans une situation intenable, simplement parce qu'on aurait pas les moyens de survivre la période de non-compétition? Bin non.

L'employeur est légalement tenu de payer l'indemnisation, peu importe qu'il s'agisse d'une démission ou d'un remerciement, simplement pour protéger le principe du droit d'exercer sa profession ou, en présence d'un renoncement volontaire à ce droit, de compenser l'individu.

C'est donc à l'employeur d'assumer les conséquences de son exigeance d'inclure d'une clause de non-compétition, peu importe les raisons qui mettront fin à la relation de travail, et tant mieux ainsi.

Par ailleurs, il est toujours possible de suggérer à l'employeur de renoncer à sa clause "standard" de non-compétition, pour s'éviter d'avoir à payer une compensation pouvant s'étirer jusqu'à un an après la fin de la relation de travail (un an est le maximum légal dans la majorité des pays). Souvent, placé face à la réalité d'avoir à payer un salaire à vide, un employeur préférera abdiquer et signer une annexe où il renonce volontairement à la clause du contrat, ne serait-ce que pour se sauver d'une dépense difficilement justifiable (à moins que l'individu en question ait travaillé dans une position clef où il avait accès à des informations stratégiques, auquel cas on préfère non seulement indemniser, mais carrément offrir un parachute doré grassement rémunéré pour s'assurer que l'individu respectera la clause et que la concurrence ne pourra même pas indirectement mettre la main sur l'ancien bras droit du grand patron).

Remo a dit…

Je crains qu'il y ait un malentendu.

Ce qu'envisageait la loi estonienne sur les contrats de travail, et qui a été rapporté par le vote des amendements du 18 juin, c'est la possibilité pour la personne ayant quitté volontairement son emploi de bénéficier d'une allocation chômage, qui aurait donc été à la charge de la collectivité.

On ne parle pas de l'indemnité de départ ou de licenciement dûe par l'entreprise. C'est un autre sujet.

Guillaume a dit…

En fait il y a 2 choses: la possibilité pour la personne ayant quitté volontairement son emploi de bénéficier d'une allocation chômage, repoussé.

ET

Je n'avais pas fait le rapprochement en rédigeant ce post mais j'avais écrit un précédent article à ce sujet:

"...dans le cadre d’une clause de non-concurrence se poursuivant après la rupture d’un contrat par l'employeur, celui-ci devra payer une compensation mensuelle à l’employé dans une limite de 12 mois après la fin de ce contrat. "

il y a bien un point sur les clauses de non-concurrence dans la nouvelle loi. Ce point a t il aussi été repoussé?

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