19 mai 2009

Pourquoi les Etats baltes ne dévaluent-ils pas?


Le journal économique finlandais Kauppelehti donne son avis bien tranché à ce sujet.

D'après leur article, les Etats baltes ont repoussé la dévaluation de leurs monnaies nationales afin de ne pas affaiblir leur élite, qui serait directement affectée par un tel scénario.

Au lieu de dévaluer afin de surmonter plus facilement la crise actuelle, les gouvernements des 3 pays baltes mettent en place une "dévaluation douce" en faisant d'importante coupes budgétaires. De cette manière, les effets sont redirigés et ce sont les classes les plus pauvres qui souffrent: le taux de chômage augmente à une vitesse vertigineuse, le secteur public est bien entendu touché et avec lui les fonctionnaires, enseignants, policiers, mais aussi les personnes handicapées, les familles nombreuses, les retraités...

"Ces gouvernements affirment qu'ils ne peuvent pas dévaluer car cela aurait un impact négatif pour les investisseurs et l'Union Européenne. La véritable raison est qu'une dévaluation ferait très mal aux personnes ayant emprunté fortement à l'étranger afin de construire des "empires" dans les pays baltes. En d'autres termes, l'élite", précise l'article.

Kauppalehti ajoute qu'à cause de cette exposition bancaire importante, les États baltes présentent un profil bien plus risqué pour la Suède ou la Finlande que l'Islande par exemple.

8 commentaires > Laisser un commentaire :

Anonyme a dit…

Tere! J'avais lu cet article avant que tu ne le postes et j'attendais de voir si j'allais le trouver sur ton blog. Effrayant, non? Steph

Kivi a dit…

Décidément tes deux derniers articles sont très révélateurs de l'état réel de l'économie.
Effectivement c'est effrayant mais le fait de ne pas dévaluer pour sauvegarder l'élite et les possesseurs de capital, selon moi, est assez sensée à l'aune d'une politique ultra-libérale comme l'est la politique estoniennne. Protéger cette catégorie de personnes au détriment des classes plus laborieuse, et dieu sait que cette classe porte bien son nom en Estonie, se comprend.

C'est effrayant et abjecte, certes. Mais si une éventuelle dévaluation fait fuir les investisseurs étrangers, l'économie estonienne littéralement s'effondrerait.
Les effets d'une dévaluation seraient positifs à court terme, mais désastreux à long terme au niveau de la confiance des investisseurs étrangers en les Pays Baltes, confiance sans laquelle Estonie, Lettonie et Lituanie se seraient que des économies tiers-mondesques.

/my 2 cents

Anonyme a dit…

C'est compliqué maintenant! Le principal probleme est que l'Estonie a beaucoup trop attendu avant de prendre des mesures (on attend toujours d'ailleurs!) et n'a pas du tout anticipé un quelconque couac. Elle est trop dépendante des investisseurs etrangers. La devaluation est au contraire censée améliorer les choses à long terme (voir courbe en J) à condition de faire preuve de patience et d'avoir des choses à exporter. On voit que même un petit pays comme l'Islande qui était, si je ne me trompe pas, le deuxieme pays le plus developpé au monde derriere la Norvege avant la crise, est en grande difficulté. Steph

Guillaume a dit…

J'irai un peu dans le même sens également. La dévaluation serait très pénible à court terme mais bénéfique sur le long terme. Quant à l'élite estonienne, je pense que ces représentants se comptent désormais sur le doigt d'une main; tout comme les investisseurs étrangers... :o

Anonyme a dit…

Les Estoniens sont un peuple fier et quelque peu tétu :D, que j'admire, qui a longtemps lutté contre l'oppression et s'en est sorti quasiment seul grace à leur solidarité. Ils vont se sortir de cette crise - dans quel état je ne sais pas - j'espere seulement qu'ils auront alors appris de leurs erreurs et accepteront les critiques de leur systeme. Une amie estonienne m'a dit: "c'est juste un peu plus dur mais tu ne peux pas apprécier les rayons du soleil si tu n'as pas eu de pluie". C'est leur mentalité actuelle :)...néanmmoins, ils meritent une vie un peu meilleure tout en gardant leurs valeurs et esprit. Steph

Guillaume a dit…

ça sonne un peu comme du fatalisme et ne donne pas l'impression qu'ils ont envie de lutter pour s'en sortir. C'est dommage.

Anonyme a dit…

Peut-etre que ceux qui n'ont pas connu l'occupation russe réagiront differemment. Les autres sont heureux d'etre libres dans leur pays et considerent qu'il ne peut rien arriver de pire que ce qu'ils ont vécu dans le passé. Je ne sais pas comment réagi ton amie face à cela...Steph

Remo a dit…

Ah, le bon vieux fantasme de la dévaluation compétitive! C'est rassurant finalement, il n'y a pas qu'en France manifestement que les journalistes ne comprennent rien à ce qu'ils écrivent :-)

La dévaluation en Estonie n'a aucun sens pour deux raisons:

- l'intérêt théorique d'une dévaluation est de redonner de la compétitivité aux entreprises exportatrices, et par ailleurs de décourager les importations, devenues plus chères. Dans le détail, les importations ne s'ajustent pas immédiatement. A très court terme - c'est ce qu'on appelle l'effet de valorisation - une dévaluation empire la situation de la balance commerciale, car les importations coûtent plus cher en monnaie nationale. Mais, dans un second temps, et pour autant que l'offre intérieure existe et/ou puisse se développer, les ménages favorisent les biens locaux: c'est l'effet dit de substitution. Mais, pour que ce schéma fonctionne, la condition sine qua non est que le pays dispose de matières premières et de productions autonomes. Or, c'est tout le problème de l'Estonie: l'Estonie n'exporte pratiquement rien qui n'ait préalablement été importé, soit dans le cadre de schémas de transit, soit dans le cadre de processus de sous-traitance (échanges intra-firme). En d'autres termes, les exportations estoniennes possèdent un très fort contenu en importations. Donc, si tu dévalues, ce que tu gagnes théoriquement en compétitivité prix à l'export, a préalablement été perdu par le renchérissement de tes importations. Ca n'a donc économiquement strictement aucun intérêt.

- par ailleurs, une dévaluation aurait un impact dramatique sur les agents économiques, que ce soient les ménages ou les particuliers. Pour des raisons liées au différentiel de taux entre l'euro et la couronne, 95,6% des prêts, si ma mémoire est bonne, sont libellés en euros. Si l'Estonie devait dévaluer, on se trouverait en présence d'un cas d'école de currency mismatch, ie dette dans une devise, qui se serait appréciée et rentrées/recettes dans une autre, qui se serait dépréciée. La dette coûterait plus cher du jour au lendemain, alors que les revenus seraient toujours les mêmes. D'où faillites en masse d'entreprises, et catastrophe sociale (impossibilité de rembourser les prêts, notamment immobiliers, d'où saisies par les banques, etc.). Or, comme tu le sais sans doute, l'Estonie est le pays d'Europe où la plus forte proportion de la population est propriétaire de son logement (de 87 à 95% selon les sources), et l'un de ceux (peut-être même le premier) où le ratio dette privée/PIB est le plus élevé (à la louche 60%). N'en déplaise à cet article d'un populisme débile, une dévaluation impacterait donc bien, via les prêts immobiliers, l'ensemble du corps social, et pas particulièrement les élites.

C'est sans doute malheureux, mais la dévaluation étant écartée, il n'y a donc pas trente-six solutions restantes: il n'y en a qu'une, et c'est la déflation massive (pour mémoire, avant de faire pleurer dans les chaumières finlandaise, ce "journaliste" aurait peut-être pu commencer par rappeler que le salaire brut moyen a augmenté de 59% entre fin 2006 et fin 2009).

Ansip a donc raison, et le peuple estonien lui en rendra grâce un jour.

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